Médecins des champs ou des villes, même problème : l'accès aux soins dans la Vaucluse !

05 février 2019 - 76 vues

Médecins des champs ou des villes, même problème : l'accès aux soins dans le Vaucluse !

A Sault, le Dr Irina Iaskov forme de jeunes médecins en leur transmettant sa passion pour la médecine de campagne.

La mer, ce n'est pas vraiment la tasse de thé du Dr Irina Iaskov. Une chance pour les habitants du plateau de Sault ! Lorsque, voici un peu plus de 8 ans, ce médecin roumain a décidé de s'installer en France elle avait en effet deux possibilités : Saint-Malo et Sault. "Saint-Malo, c'est très joli. Mais moi, la mer, ce n'est pas mon truc. En revanche, la première fois que j'ai mis les pieds à Sault, j'ai adoré !". L'affaire était entendue !

Mais le Dr Iaskov a beau être enthousiaste sur la qualité de vie du secteur où elle exerce, elle est comme tout le monde. Elle peut avoir besoin de repos, de consacrer du temps à sa famille. Bref, de sortir la tête de son cabinet.... Or, il n'y a pas si longtemps, ces pauses salutaires relevaient pour elle de l'équilibrisme. Et la vie professionnelle du Dr Iaskov aurait même pu se transformer en chemin de croix, lorsque le confrère avec lequel elle partageait la responsabilité de veiller sur la santé des habitants du plateau, a décidé de quitter les lieux. 

Des aides importantes

"Deux docteurs à Sault, c'est déja compliqué et fragile" explique à ce propos le maire de la commune, Claude Labro. "Alors, lorsque nous avons su que l'un de nos deux médecins allait partir, nous avons immédiatement fait passer des annonces dans des revues spécialisées pour trouver un nouveau praticien". La mairie de Sault n'a pas manqué d'y vanter la qualité de vie sur le plateau. Pour l'occasion, les généralistes intéressés ont également pu apprendre que les installations dans le secteur allaient de pair avec des aides importantes, et que la municipalité mettait à disposition de tout nouveau praticien un bâtiment municipal (en l'occurence l'ancienne perception) pour une durée de six mois pour y établir son cabinet et un logement dans l'attente de trouver mieux.

"Nous avons été très inquiets" avoue Claude Labro, "Convaincre des jeunes gens de s'installer dans nos campagnes, ce n'est pas si facile. Heureusement, en octobre dernier, le Dr Verheyde a pu s'installer. Mais nous sommes sur un équilibre qui reste très fragile"

Irina Iaskov en est par ailleurs convaincue : la santé des patients ne tiens pas seulement à la qualité des diagnostics prodigués dans les cabinets médicaux du plateau, mais aussi à la capacité des territoires ruraux à convaincre de jeunes confrères à s'installer dans ces zones. Devenue à son tour l'un des acteurs importants de ce territoire, elle a décidé de contribuer à cette démarche en se faisant formateur.

Comprenez : elle accompagne désormais de futurs médecins qui accomplissent chez elle l'un des six stages obligatoires de l'internat qui interviennent avant la soutenance de la thèse de doctorat. "Je suis convaincue que certains jeunes viendraient s'installer à la campagne si seulement ils la connaissaient un peu mieux ; ainsi que le travail que nous y accomplissons. Pour quelques-uns, c'est une véritable révélation. J'ai ainsi un ancien stagiaire qui a décidé de s'installer à Villes-sur-Auzon après avoir découvert le secteur".

Aller au delà des mesures incitatives

Si, pour Irina Iaskov, il n'est bien sûr pas imaginable d'imposer à de jeunes médecins de venir combler des vides dans les campagnes, elle pense en revanche que la Faculté devrait être un peu plus "ferme" en instaurant un stage obligatoire de "médecine de campagne" pendant le cours des études. "Parce que certains jeunes, alors qu'ils ne l'imaginent même pas, se découvriraient une passion pour cette manière de faire ce métier". "Franchement, je ne pense pas que les mesures purement incitatives soient suffisantes. Elles sont certes très conséquentes, avec une aide à l'installation qui va jusqu'à 50.000 €. C'est une grosse somme. Mais vous savez, dans ce métier, on peut gagner très bien sa vie. Et les jeunes le savent. Alors pourquoi iraient-ils courir après 50.000 € pour s'installer en campagne alors qu'en ville, ils savent qu'ils gagneront leur vie sans difficulté ? Non, il faut vraiment travailler sur la connaissance de la médecine de campagne. Et vous verrez que des jeunes y trouveront leur compte".

Dès lors, les aides seront vraiment utiles pour ceux qui, en pleine conscience, auront fait ce choix.

En février 2018, l'Agence Régionale de Santé PACA publiait la carte du nouveau zonage des médecins libéraux. Les zones en bleu correspondent à des secteurs en tension, où les médecins, s'ils le souhaitent y exercer, sont éligibles à des aides financières. Dans les deux zones bleu foncé, dites d'intervention prioritaire (Sault et Bollène), les médecins peuvent prétendre à l'ensemble des aides disponibles . Ce sont bien sûr ces zones qui attirent le moins les médecins et où il est donc de plus en plus difficile de les remplacer après un éventuel départ (retraite, déménagement...) zonage médecins libéraux SOURCE AGENCE REGIONALE DE SANTE PACA 

Dans les zones d'action complémentaire (bleu clair), qui sont aussi les plus nombreuses, les aides peuvent être importantes, mais moins que dans les précédentes. Les zones classées "en tension" l'ont été à partir de certains critères d'accessibilité aux soins du médecin. Enfin, les zones blanches correspondent à des secteurs où l'accessibilité aux soins du médecin est considérée comme satisfaisante. Même si par endroits, les habitants peuvent se confronter à des problèmes, notamment pour trouver un médecin traitant. 

Un grand projet pour le Grand Avignon

A 70 Km de Sault, sur la rocade d'Avignon, qui à elle seule concentre plus de dix fois la population du plateau, le docteur Bernard Muscat, par ailleurs président du syndicat MG France dans le département, n'est pas loin d'avoir le même diagnostic que sa consoeur Irina Iaskov. "Nous faisons face à une désertification médicale globale, qui se vérifie aussi sur le territoire du Grand Avignon. Ici, jamais autant d'assurés se sont plaints de ne pas trouver de médecin traitant"

Et l'explication est toujours la même : faute de renouvellement des générations de médecins, ceux qui restent sont débordés et ne peuvent plus prendre de patients supplémentaires.

Ce problème de renouvellement, un autre médecin vauclusien le connaît mieux que personne, c'est le Dr Bernard Arbomont, également président du Conseil de l'Ordre en Vaucluse, qui est convaincu qu'il convient de poursuivre l'augmentation du numerus clausus à la Fac de médecine. Même si cela ne résoudra pas tout. Car les mentalités aussi ont changé.

De l'avis général, les jeunes qui arrivent sur le marché souhaiteraient de plus en plus commencer leur carrière au sein de structures coordonnées (maisons médicales, centres de santé, etc...) et éviter l'isolement.

C'est aussi pour cela que le Dr Muscat, en collaboration avec plusieurs confrères, travaille aujourd'hui à la mise en place d'un important projet territorial d'amélioration d'accès aux soins au niveau du Grand Avignon.

Ce projet --déjà très avancé et fermement soutenu par l'Agence Régionale de Santé-- devra s'appuyer sur des structures déjà existantes, comme la Maison médicale de garde, sur tous les médecins du Grand Avignon désireux de rejoindre ce regroupement, mais travaillera également en coordination avec les urgentistes "adultes" et "enfants" du Centre Hospitalier d'Avignon. "Au sein de cette communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS), nous aurons en permanence un agent d'accueil qui travaillera sur un logiciel cartographique du Grand Avignon sur lequel apparaîtront tous les médecins participants au projet. Dans le même temps, nous allons élargir en journée les horaires de la maison médicale" explique ainsi le médecin avignonnais, qui précise encore que, dans cette structure, aucun patient ne sera refusé. Selon son quartier, il lui sera même proposé un praticien qui pourrait devenir son médecin traitant.

Enfin, l'existence d'une telle structure devrait constituer un argument fort pour convaincre de jeunes praticiens de venir s'installer sur le Grand Avignon.

Et Bernard Muscat sait de quoi il parle. C'est lui qui a créé en 2004, avec quelques confrères, la Maison médicale de garde, à laquelle émargent aujourd'hui 80 médecins du Grand Avignon, et qui présente le triple avantage de proposer aux patients une offre de soins permanente, une organisation cohérente et facile des gardes pour les praticiens, et contribue au désengorgement des urgences. En 2014, il a également participé à la naissance de la maison de soins pluridisciplinaire Avignon Sud, qui regroupe quatre généralistes et plusieurs autres professionnels de la santé dans un secteur défavorisé.

"Avec 110 généralistes pour 100 000 habitants, le Vaucluse dans une situation intermédiaire"

Le saviez-vous ? La région Sud-Paca compte en moyenne 128 généralistes pour 100 000 habitants (source : ARS Paca).

Et le Vaucluse là-dedans ? Eh bien, notre département, dans un contexte aux disparités parfois très fortes, se situe, avec 110 généralistes pour 100 000 habitants, en dessous de la moyenne régionale. Serait-ce à dire que le Vaucluse constitue à lui seul un désert médical ? Pas franchement puisque, malgré quelques expériences parfois peu concluantes au moment de chercher un médecin traitant --et cela jusque dans le Grand Avignon-- notre département est plutôt dans une situation intermédiaire, sachant que la densité moyenne en France est de 104 médecins généralistes pour 100 000 habitants. Non, pour trouver des départements où la situation est nettement plus alarmante, c'est plutôt du Cher, du Loiret ou de la Nièvre (avec 60% des communes considérées comme des déserts médicaux) qu'il faut regarder.

Il n'empêche, lorsque l'on pose la question de la situation du Vaucluse à la déléguée départementale de l'ARS, elle reconnaît qu'il convient d'être vigilant, puisque de réelles difficultés se posent de plus en plus fréquemment au moment de remplacer les départs à la retraite. 

Exemple au Pontet. Dans les deux ans, une dizaine de médecins (généralistes et spécialistes confondus) partiront à la retraite. Dès à présent, des questions se posent donc sur leur remplacement. 

Comme l'explique le Dr Bernard Arbomont, président du Conseil de l'Ordre en Vaucluse, ce qui est vrai pour Le Pontet, vaut également pour Entraigues, Cavaillon, ou Carpentras, qui devraient voir des départs à la retraite en nombre qu'il sera, là aussi, difficile de combler par le simple renouvellement des générations. 

Non que les jeunes médecins fuient le département, mais parce que le numerus clausus dans les facs de médecine a longtemps été drastiquement diminué. Alors que 8000 médecins sortaient de la fac fin 1970, il n'y en avait plus que 3 500 fin 1990.

Pour la déléguée départementale de l'ARS Paca, qui reconnaît l'impact de ce facteur, celui-ci se conjugue cependant avec le fait que "Les jeunes générations de médecins ne veulent plus travailler de façon isolée. Ils cherchent plus volontiers un exercice coordonné. Ils sont intéressés à l'idée de participer à une prise en charge plus suivie des patients. Et ces structures d'exercice coordonné, on les retrouve plutôt dans des Maisons santé pluriprofessionnelles (MSP) où sont regroupés des professionnels des divers métiers de la santé ; dans les Centres de santé (où les médecins sont salariés) ; ou au sein d'une communauté professionnelle territoriale de Santé (CPTS)".

C'est pour cela que l'ARS a décidé d'accompagner toutes les créations de structures d'exercice coordonné. Y compris dans les zones qui ne sont pas reconnues "En offre de soins insuffisante ou avec des difficultés d'accès aux soins". Car, malgré un tel contexte, et la présence de nombreuses zones rurales classées "zones en offre de soins insuffisantes" , si le département se classe en situation intermédiaire, c'est précisément parce que, comme l'explique encore la déléguée départementale de l'ARS, "Il existe en Vaucluse une vraie dynamique de création de maisons de santé pluriprofessionnelles. Alors qu'il n'en existait que trois en novembre 2017, aujourd'hui, le département en compte neuf. Mais surtout, plusieurs projets sont à l'étude, dont trois sont d'ores et déjà labellisés : à Bédoin, Beaumes de Venise et les Beaumettes". La labellisation n'est pas sans intérêt. Outre une aide financière de 20.000€ allouée au démarrage de la structure, l'ARS met également à disposition un accompagnement en ingénierie du projet médical.

Quant aux projets à l'étude, ils devraient bientôt voir le jour dans les communes de Carpentras, Sablet, Avignon Rocade, Le Pontet, Saint-Saturnin-les-Apt, Pertuis. 

Commentaires(0)

Connectez-vous pour commenter cet article